mercredi 1 mars 2017

Delirium

Est-ce que les cauchemars fleurissent au printemps ?

- Parfois, j'aimerais que tu sois encore là, Kate. Est-ce que je suis trop grande pour ça ?
- Trop grande, non. Tu as toujours été petite. Mais un peu vieille, oui.
- Trop petite et trop vieille, je l'ai toujours été. 

- Ça ne s'arrête jamais ?

- Non. Les kalachnikov qui mitraillent, les courses poursuites, les bus, trains, tram, RER, bondés de tellement de monde, qui ne passent pas ou ne s'arrêtent jamais où il faut, tellement effrayants, les mélanges d'eaux sombres, neige et blocs de glace sales et menaçants, les vols, les chutes, les réveils avec le cœur qui va exploser.

Je ne sais pas pourquoi. Trop d'informations, trop d'émotions, saturation neuronale, overdose...
overdose...

- Tu rêves d'une overdose ?
- Parfois, ça peut faire envie... peut-être que c'est doux ? Mais tu sais je ne voudrais pas...
- Quoi donc ?
- Me laisser faire. Je ne me laisserais pas faire. Jamais.

- Tu te rappelles les marques sur ton poignet, le couteau et le briquet, cette douleur qu'il fallait faire sortir ?


- Bien sûr que je me rappelle.
- Comment tu fais maintenant ?
- C'est différent maintenant, je sais que la douleur finit par passer. Je prends soin de moi.
Et puis j'ai beaucoup appris. J'ai appris que mon corps, mon cerveau, possèdent d'incroyables ressources. Fragile et puissante. J'ai... du potentiel.
- C'est pas un peu prétentieux, ça ?
- Si, je trouve aussi. Mais ça fait du bien parfois de savoir qu'on peut croire en soi.
- T'es pas toute seule.
- Non, on est des millions... Et pourtant, je ne voudrais pas échanger.
- Pourquoi ?
- Ils sont mon essence, Kate, ma vie. Ce moment attirant et inquiétant où je bascule dans un autre monde, mon monde, ma réalité, je ne l'échangerais contre rien au monde.

- Alors, j'espère que tu es prête.
- Toujours. Comme cette reine d'une nuit qui surplombait l'armée noire. Je savais. 

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