vendredi 24 juin 2016

18 ans plus tard...

Voilà, ça fait 18 ans... et quelques mois... le temps que je trouve le temps... d'écrire un peu.

J'étais trop jeune pour le savoir à l'époque, mais j'ai compris plus tard que le type avec qui je sortais alors était un pervers narcissique en puissance.
Il affichait le portrait quasi-complet : éloignement de mes amies, manipulation psychologique, mépris, humiliation, insultes...
Je ne mangeais plus, je ne dormais plus, je pleurais... mais je ne savais pas non plus que cela s'appelait une dépression, et qu'il m'y avait enfoncé sans même que je m'en rende compte.
J'avais 17 ans.

J'avais tout de même compris que j'étais malheureuse, mais, vidée de toute estime moi-même, je m'étais résolue à rester avec lui plutôt qu'à être seule.

Mais, heureusement, il y a 18 ans, je t'ai rencontré.

C'est une histoire pleine de clichés, de merveilleux clichés : une histoire de coup de foudre, d'une soirée où je ne voyais que toi comme si tu brillais au milieu des autres, d'une soirée où tu m'a écoutée pendant des heures parler de ce mec qui me rendait malheureuse.
Le bonheur, la semaine suivante, quand j'ai entendu ta voix au téléphone, et que tu m'as invitée à une soirée chez toi. Le monde autour s'est arrêté de tourner.

Pour la suite, on ne remerciera jamais assez les copains (et un peu le whisky aussi) d'avoir dégagé ce crétin de ma vie. Merci !!!

Il a suffit d'une tout petite nuit, où j'ai eu, pour la première fois, un homme qui me respectait en face de moi, il a suffit de quelques heures pour que je sache que tu étais l'homme de ma vie.

Ce n'était pas juste ce que je ressentais... je le savais.

J'avais fait beaucoup d'erreurs avant ça, et j'en ai refait encore après, mais là, c'était différent, comme la différence entre croire et savoir. D'ailleurs, je n'avais pas trop envie de le dire, inutile qu'on se moque de moi.

J'avais tellement peur que tu disparaisses, que tu repartes. Je voulais t'avoir en entier au cas où je ne te reverrais plus.
Un bonheur pareil, je n'avais jamais vécu ça, à part en rêve.
Le vivre, en vrai, chaque jour, c'était incroyable.
Cette impression que le Soleil brille plus fort, que la vie est lumineuse.

Ce que je ressentais, c'était comme dans ces rêves où on s'apprête à rentrer dans une pièce remplie de cadeaux, ou bien, on est devant une montagne de cadeaux qu'on s'apprête à ouvrir, la joie de ce moment, le bonheur qu'on va avoir... mais là, bien sûr, on se réveille.
Mais, en me réveillant à côté de toi, ce sentiment restait intact. Je n'éprouvais pas cette déception de celui qui se rend compte que ce n'était qu'un rêve. Le rêve était devenu réalité.

Et, comme si mon esprit voulait s'assurer que j'avais bien compris le message, pendant des semaines, j'ai fait ces rêves. Ces rêves où je sortais avec un type mais je sentais que quelque chose clochait, y'avait un truc qui ne collait pas, ou alors, j'vais le sentiment d'avoir perdu quelque chose, mais je ne savais pas trop quoi, je cherchais quelque chose... Et puis soudain, je me rappelais, que le type n'était pas le bon, que je l'avais trouvé, que ce truc que je cherchais existait réellement : j'avais trouvé le grand amour, j'avais trouvé le bonheur.

J'ai fait ces rêves pendant des semaines.


Notre amour a 18 ans.
Je ne sais pas s'il est adulte. Nous, je crois qu'on n'a pas vraiment grandi.
On a évolué quand même. On s'engueule toujours, mais peut-être moins, ou en tout cas plus pour les mêmes choses. On s'engueule différemment. Je n'ai plus complètement un mur en face de moi, et je fais moins de crises de folie. On a appris à communiquer un peu mieux.

Il y a eu des moments difficiles. Des moments où je me suis demandé si on allait réussir à continuer.
Parce que tu aurais été capable de me laisser partir plutôt que de me priver de liberté.
Parce que je ne comprenais pas que tu ne cherches pas à me retenir.
Parce que la personne au monde qui peut nous faire le plus souffrir est celle qu'on aime le plus.
Parce qu'il est impossible d'être indifférent.
Parce que l'amour, même le plus grand, ne suffit pas toujours à mettre d'accord, quand on a peur, quand on se sent agressé(e), incompris(e), quand on n'a jamais appris à reconnaître et exprimer ses sentiments.

Il faut du temps pour s'apprivoiser.

Parce qu'il m'était impossible de vivre sans toi, et parce que je ne voulais plus être malheureuse, j'ai continué à me battre.
Petit à petit, on a trouvé des solutions, on a retrouvé confiance.

On s'est mariés, et on a eu des enfants.

Et là, comme source de disputes, je crois que ça surpasse tout.
Après des dizaines de nuits hachées menues, les pleurs des bébés, la fatigue, ne pas savoir faire, et ne pas oser demander, les hormones en vrac, les mauvais conseils...
J'ai compris pourquoi la privation de sommeil fait partie des techniques de torture de base... Et vous donne envie d'insulter la Terre entière.

Heureusement, il reste une chose capable de prendre le dessus sur cet épuisement, le moment où on se rend compte que ce bébé a besoin de nous, ce moment où on se dit que c'est pas grave, qu'on va tenir le coup, encore un peu, pour lui, pour elle, ce moment où on oublie d'exister, pour s'occuper de ce petit bébé.

Ces enfants qui m'ont transformée, fait grandir, et prendre confiance en moi, parce que j'avais enfin réussi quelque chose.
J'ai été vraiment fière de moi, pour la première fois de ma vie. Fière d'avoir fait naître mon bébé "tout seule", fière d'allaiter et de travailler. C'était peut-être épuisant. Mais la fierté de réussir me donnait la force de continuer.
Aidez les jeunes mamans à avoir confiance en elles, et elles feront des miracles.

Pour ça aussi tu m'as aidé. Tu m'as aidé en continuant à me trouver belle, toujours, même quand j'avais l'impression de ne plus ressembler à rien. Tu as continué à m'aimer toujours autant. Même quand j'étais complètement absorbée par les enfants et l'épuisement. Même quand il était très difficile de trouver du temps pour nous. Même quand je n'en avais plus envie du tout.

Tu as été patient, très patient, longtemps. Tu m'as dis que tu avais tout le reste de ta vie pour être avec moi, alors tu pouvais bien attendre quelques mois.

Je crois que ça valait le coup.

Même s'il y a toujours de la fatigue, parfois des engueulades, il y a surtout l'amour et nos rêves qui sont toujours là, notre château en désordre, les enfants qui dansent et le jardin fou.



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